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1883

Le Piano

Maurice ROLLINAT

Puis-je te célébrer autant que je le dois, Cher interlocuteur au langage mystique ? Hier encor, le chagrin, ruisselant de mes doigts, T'arrachait un sanglot funèbre et sympathique.

Sois fier d'être incompris de la vulgarité ! Beethoven a sur toi déchaîné sa folie, Et Chopin, cet Archange ivre d'étrangeté, T'a versé le trop-plein de sa mélancolie.

Le rêve tendrement peut flotter dans tes sons ; La volupté se pâme avec tous ses frissons Dans tes soupirs d'amour et de tristesse vague ; Intime confident du vrai musicien,

Tu consoles son cœur et son esprit qui vague Par ton gémissement, fidèle écho du sien.

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