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1899

Le Grand-Père

Maurice ROLLINAT

La fille au père Pierre, avec ses airs de sainte, A si bien surveillé son corps fallacieux Que sa grossesse a pu mentir à tous les yeux ; Mais son heure a sonné de n'être plus enceinte.

Dans la grand' chambre on dort comme l'eau dans les trous. Tout à coup, elle geint, crie et se désespère. On se lève, on apprend la chose. Le grand-père Continue à ronfler sous son baldaquin roux.

Mais le bruit à la fin l'éveille, et le voilà Clamant du lit profond d'où sa maigreur s'arrache : « Pierr', quoiq'ya ? — Pèr, ya rin ! — Si ! s'passe un' chos' qu'on m'cache ; Et ma p'tit' fill' se plaint, j' l'entends ben ! quoi qu'elle a ? »

— Elle a qu'elle va faire un champi ! — Le bonhomme Prend son bâton ferré qu'il brandit en disant : « Dans not' famill' yaura l'déshonneur à présent ! La gueus' ! vous voyez ben tous qu'i' faut que j'l'assomme ! »

Et, solennel, tragique, il marche d'un pas lourd Jusqu'à la pâle enfant… mais, pendant qu'il tempête, Tendre, il lève et rabat le gourdin sur sa tête, Bien doux, frôleusement, d'un geste plein d'amour.

« R'commenc'ras-tu ? fait-il, ou là, comme un' vipère, J'te coupe en deux ! j't'écras' la cervell' sur ton drap ! » Elle gémit : « Jamais, grand-père ! » Alors, le jeune frère égrillard qui ricane,

Glapit : « Oh ! q'si fait ben, grand-père, a r'commenc'ra Puisqu'elle est chaude comme un' cane ! »

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