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1883

Le Bohême

Maurice ROLLINAT

Toujours la longue faim me suit comme un recors ; La ruelle sinistre est mon seul habitacle ; Et depuis si longtemps que je traîne mes cors, J'accroche le malheur et je bute à l'obstacle.

Paris m'étale en vain sa houle et ses décors : Je vais sourd à tout bruit, aveugle à tout spectacle ; Et mon âme croupit au fond de mon vieux corps Dont la pâle vermine a fait son réceptacle.

Fantôme grelottant sous mes haillons pourris, Épave de l'épave et débris du débris, J'épouvante les chiens par mon aspect funeste ! Je suis hideux, moulu, racorni, déjeté !

Mais je ricane encore en songeant qu'il me reste Mon orgueil infini comme l'éternité.

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