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1883

La Voix

Maurice ROLLINAT

Voix de surnaturelle amante ventriloque Qui toujours me pénètre en voulant m'effleurer ; Timbre mouillé qui charme autant qu'il interloque, Son bizarre d'un triste à vous faire pleurer ;

Voix de surnaturelle amante ventriloque ! Dit par elle, mon nom devient une musique : C'est comme un tendre appel fait par un séraphin Qui m'aimerait d'amour et qui serait phtisique.

Ô voix dont mon oreille intérieure a faim ! Dit par elle, mon nom devient une musique. Très basse par instants, mais jamais enrouée ; Venant de dessous terre ou bien de l'horizon,

Et quelquefois perçante à faire une trouée Dans le mur de la plus implacable prison ; Très basse par instants, mais jamais enrouée ; Oh ! comme elle obéit à l'âme qui la guide !

Sourde, molle, éclatante et rauque, tour à tour ; Elle emprunte au ruisseau son murmure liquide Quand elle veut parler la langue de l'amour : Oh ! comme elle obéit à l'âme qui la guide !

Et puis elle a des sons de métal et de verre : Elle est violoncelle, alto, harpe, hautbois ; Elle semble sortir, fatidique ou sévère, D'une bouche de marbre ou d'un gosier de bois

Et puis elle a des sons de métal et de verre. Tu n'as jamais été l'instrument du mensonge ; Ô la reine des voix, tu ne m'as jamais nui ; Câline escarpolette où se berce le songe,

Philtre mélodieux dont s'abreuve l'ennui, Tu n'as jamais été l'instrument du mensonge. Tout mon être se met à vibrer, quand tu vibres, Et tes chuchotements les plus mystérieux

Sont d'invisibles doigts qui chatouillent mes fibres ; Ô voix qui me rends chaste et si luxurieux, Tout mon être se met à vibrer, quand tu vibres !

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