Au fond de cette fosse moite D'un perpétuel suintement, Que se passe-t-il dans la boîte, Six mois après l'enterrement ?
Verrait-on encor ses dentelles ? L'œil a-t-il déserté son creux ? Les chairs mortes ressemblent-elles À de grands ulcères chancreux ?
La hanche est-elle violâtre Avec des fleurs de vert-de-gris, Couleurs que la Mort idolâtre, Quand elle peint ses corps pourris ?
Pendant qu'un pied se décompose, L'autre sèche-t-il, blanc, hideux, Ou l'horrible métamorphose S'opère-t-elle pour les deux ?
Le sapin servant d'ossuaire Se moisit-il sous les gazons ? Le cadavre dans son suaire A-t-il enfin tous ses poisons ?
Sous le drap que mangent et rouillent L'humidité froide et le pus, Les innombrables vers qui grouillent Sont-ils affamés ou repus ?
Que devient donc tout ce qui tombe Dans le gouffre ouvert nuit et jour ? — Ainsi, j'interrogeais la tombe D'une fille morte d'amour.
Et la tombe que les sceptiques Rayent toujours de l'avenir, Me jeta ces mots dramatiques Qui vivront dans mon souvenir :
« Les seins mignons dont tu raffoles, « Questionneur inquiétant, « Et les belles lèvres si folles, « Les lèvres qui baisèrent tant,
« Toutes ces fleurs roses et blanches « Sont les premières à pourrir « Dans la prison des quatre planches, « Que nulle main ne peut ouvrir.
« Mais, quant à l'âme, revit-elle ? « Avec son calme ou ses remords, « Faut-il crier qu'elle est mortelle « Ou qu'elle plane sur les morts ?
« Je ne sais ! Mais apprends que l'ombre « Que l'homme souffre en pourrissant : « Le cadavre est un muet sombre, « Qui ne dit pas ce qu'il ressent ! »
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