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1877

LA NEIGE

Maurice ROLLINAT

Avec ma brune, dont l'amour N'eut jamais d'odieux manège, Par la vitre glacée, un jour, Je regardais tomber la neige.

Elle tombait lugubrement, Elle tombait oblique et forte. La nuit venait et, par moment, La rafale poussait la porte.

Les arbres qu'avait massacrés Une tempête épouvantable, Dans leurs épais manteaux nacrés Grelottaient d'un air lamentable.

Des glaçons neigeux faisaient blocs Sur la rivière congelée ; Murs et chaumes semblaient des rocs D'une blancheur immaculée.

Aussi loin que notre regard Plongeait à l'horizon sans borne, Nous voyions le pays hagard Dans son suaire froid et morne.

Et de la blanche immensité Inerte, vague et monotone, De la croissante obscurité, Du vent muet, de l'arbre atone,

De l'air, où le pauvre oiselet Avait le vol de la folie, Pour nos deux âmes s'exhalait Une affreuse mélancolie.

Et la neige âpre et l'âpre nuit Mêlant la blancheur aux ténèbres, Toutes les deux tombaient sans bruit Au fond des espaces funèbres.

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