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1883

La Musique

Maurice ROLLINAT

À l'heure où l'ombre noire Brouille et confond La lumière et la gloire Du ciel profond,

Sur le clavier d'ivoire Mes doigts s'en vont. Quand tes regrets et les alarmes Battent mon sein comme des flots,

La musique traduit mes larmes Et répercute mes sanglots. Elle me verse tous les baumes Et me souffle tous les parfums ;

Elle évoque tous mes fantômes Et tous mes souvenirs défunts. Elle m'apaise quand je souffre, Elle délecte ma langueur,

Et c'est en elle que j'engouffre L'inexprimable de mon cœur. Elle mouille comme la pluie, Elle brûle comme le feu ;

C'est un rire, une brume enfuie Qui s'éparpille dans le bleu. Dans ses fouillis d'accords étranges Tumultueux et bourdonnants,

J'entends claquer des ailes d'anges Et des linceuls de revenants ; Les rythmes ont avec les gammes De mystérieux unissons ;

Toutes les notes sont des âmes, Des paroles et des frissons. Ô Musique, torrent du rêve, Nectar aimé, philtre béni,

Cours, écume, bondit sans trêve Et roule-moi dans l'infini. À l'heure où l'ombre noire Brouille et confond

La lumière et la gloire Du ciel profond, Sur le clavier d'ivoire Mes doigts s'en vont.

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