Ceux que l'œil du public outrage, — Noyés, pendus, assassinés, — Ils sont là, derrière un vitrage, Sur des lits de marbre inclinés.
Des robinets de cuivre sale Font leur bruit monotone et froid Au fond de la terrible salle. Pleine de silence et d'effroi.
À la voûte, un tas de défroques Pend, signalement empesté : Haillons sinistres et baroques Où plus d'un mort a fermenté !
Visages gonflés et difformes ; Crânes aplatis ou fendus ; Torses criblés, ventres énormes, Cous tranchés et membres tordus :
Ils reposent comme des masses, Trop putréfiés pour Clamart, Ébauchant toutes les grimaces De l'enfer et du cauchemar.
Mais c'est de l'horreur émouvante, Car ils ont gardé dans la mort La détresse de l'épouvante Et la révolte du remord.
Et dans une stupeur qui navre, Le regard fixe et sans éclat, Maint grand et maint petit cadavre Semblent s'étonner d'être là.
C'est que, vierges et courtisanes, Ceux des palais et des taudis, Citadines et paysannes, Les mendiants et les dandys,
Tous, pleins de faim on pleins de morgue, Lorsqu'ils périssent inconnus, Sont mis à l'étal de la Morgue, Côte à côte, sanglants et nus !
Et la foule âpre et curieuse Vient lorgner ces spectres hideux, Et s'en va, bruyante et rieuse, Causant de tout, excepté d'eux.
Mais ils sont la chère pâture De mes regards hallucinés. — Et je plains votre pourriture, Ô Cadavres infortunés !
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