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1899

La Forme noire

Maurice ROLLINAT

C'est le grand silence des nuits Auquel, seul, le vent s'amalgame. Pleurant ses amoureux ennuis, Pas une chouette qui clame !

Rien ! pas même un crapaud n'entame Ce figement de tous les bruits. Une forme d'homme ou de femme, Tout le corps et les traits enfouis

Dans du noir, suit au long des buis La rivière qui sent le drame. Ses pas fiévreusement conduits Disent assez ce qu'elle trame.

Sous les frissons d'ombre et de flamme, Coulant des cieux épanouis, Au milieu des joncs éblouis Une barque est là qui se pâme.

L'inconnu saisit une rame, Sonde un endroit creux comme un puits, Se précipite… flac ! — Pauvre âme ! L'eau se referme — plate — et puis

C'est le grand silence des nuits.

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