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1883

La Dame en cire

Maurice ROLLINAT

Je regardais tourner le mannequin, Et j'admirais sa taille, sa poitrine, Ses cheveux d'or et son minois taquin, Lorsque j'ai vu palpiter sa narine

Et son cou mince à forme vipérine. — « Elle vit donc ! » me dis-je, épouvanté : Et depuis lors, à toute heure hanté Par un amour que rien ne peut occire,

J'ai la peur et la curiosité De voir entrer chez moi la dame en cire. Par tous les temps, sous un ciel africain, Et sous la nue inquiète ou chagrine,

Comme un nageur que poursuit un requin, Sans pouvoir fuir je reste à sa vitrine, Et là j'entends mon cœur qui tambourine. J'ai beau me dire : « Horreur ! Insanité ! »

Il est des nuits d'affreuse obscurité, — Tant je l'évoque et tant je la désire ! — Où je conçois la possibilité De voir entrer chez moi la dame en cire !

Telle qu'elle est en robe de nankin, Avec ses yeux couleur d'aigue-marine Et son sourire attirant et coquin, La pivoteuse à bouche purpurine

Dans mon cerveau s'installe et se burine Je m'hallucine avec avidité, Et je m'enfonce, ivre d'étrangeté, Dans un brouillard que ma raison déchire,

Car c'est mon rêve ardemment souhaité De voir entrer chez moi la dame en cire. Ô toi qui m'as si souvent visité, Satan ! vieux roi de la perversité,

Fais-moi la grâce, ô sulfureux Messire, Par un minuit lugubrement tinté, De voir entrer chez moi la dame en cire !

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