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1883

L'Introuvable

Maurice ROLLINAT

Ton amour est-il pur comme les forêts vierges, Berceur comme la nuit, frais comme le Printemps ? Est-il mystérieux comme l'éclat des cierges, Ardent comme la flamme et long comme le temps ?

Lis-tu dans la nature ainsi qu'en un grand livre ? En toi, l'instinct du mal a-t-il gardé son mors ? Préfères-tu, — trouvant que la douleur enivre, — Le sanglot des vivants au mutisme des morts ?

Avide de humer l'atmosphère grisante, Aimes-tu les senteurs des sapins soucieux, Celles de la pluie âcre et de l'Aube irisante Et les souffles errants de la mer et des cieux ?

Et les chats, les grands chats dont la caresse griffe, Quand ils sont devant l'âtre accroupis de travers, Saurais-tu déchiffrer le vivant logogriphe Qu'allume le phosphore au fond de leurs yeux verts ?

Es-tu la confidente intime de la lune, Et, tout le jour, fuyant le soleil ennemi, As-tu l'amour de l'heure inquiétante et brune Où l'objet grandissant ne se voit qu'à demi ?

S'attache-t-il à toi le doute insatiable, Comme le tartre aux dents, comme la rouille au fer ? Te sens-tu frissonner quand on parle du diable, Et crois-tu qu'il existe ailleurs que dans l'enfer ?

As-tu peur du remords plus que du mal physique, Et vas-tu dans Pascal abreuver ta douleur ? Chopin est-il pour toi l'Ange de la musique, Et Delacroix le grand sorcier de la couleur ?

As-tu le rire triste et les larmes sincères, Le mépris sans effort, l'orgueil sans vanité ? Fuis-tu les cœurs banals et les esprits faussaires Dans l'asile du rêve et de la vérité ?

— Hélas ! autant vaudrait questionner la tombe ! La bouche de la femme est donc close à jamais Que, nulle part, le Oui de mon âme n'en tombe ?… Je l'interroge encore et puis encore… mais,

Hélas ! autant vaudrait questionner la tombe !

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