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1899

L'Abandonnée

Maurice ROLLINAT

La belle en larmes Pleure l'abandon de ses charmes Dont un volage enjôleur A cueilli la fleur.

Elle sanglote Au bord de l'onde qui grelotte Sous les peupliers tremblants, Pendant que son regard flotte

Et se perd sous les nénufars blancs. « Adieu ! dit-elle, Ô toi qui me fus infidèle. Je t'offre, avant de mourir,

Mon dernier soupir. Je te pardonne, Aussi douce que la Madone, Je te bénis par ma mort.

Le trépas que je me donne, Pour mon cœur c'est ton amour encor. Mon souvenir tendre Sait toujours te voir et t'entendre

Et, par lui, rien n'est effacé Du bonheur passé. Nos doux libertinages Dans les ravins, sous les feuillages,

Au long des ruisseaux tortueux, Sont encor de claires images Revenant aux appels de mes yeux. Ton fruit que je porte

Dans mon ventre de bientôt morte, C'est toi-même, tes os, ton sang, Ô mon cher amant ! Traits pour traits, il me semble

Si bien sentir qu'il te ressemble ! Je ne fais donc qu'une avec toi ; Je me dis que, fondus ensemble, Tu mourras en même temps que moi. »

Puis, blême et hagarde, Elle se penche, elle regarde Le plus noir profond de l'eau Qui sera son tombeau.

Elle se pâme Devant le gouffre qui la réclame, Et dit le nom, en s'y jetant, De l'homme qu'elle aimait tant

Que, sans lui, son corps n'avait plus d'âme !

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