Dès qu'au clocher voisin l'âme a volé tout droit Et dit au vieux bourdon : « Glas ! il faut que tu tintes ! » Le cadavre plombé dont la chaleur décroît, Nez réduit, bouche ouverte et prunelles éteintes,
Se roidit en prenant la plus blême des teintes. Puis, l'Ange noir chuchote à ce morceau de chair : « Qu'on te regrette ou non, cercueil cher ou pas cher, « Avec où sans honneurs, tout nu comme en toilette,
« À six pieds dans le sol tu subiras, mon cher, « La pourriture lente et l'ennui du squelette ! » Après la mise en bière, on procède au convoi : Or, si peu de pleurs vrais et tant de larmes feintes
Gonflent l'œil des suiveurs, que le Mort qui les voit, Trouve encor sur son masque où les stupeurs sont peintes La grimace du cri, du reproche et des plaintes. L'orgue désespéré gronde comme la mer,
Le plain-chant caverneux traîne un sanglot amer Et l'encensoir vacille avec sa cassolette ; Mais tout cela, pour lui, chante sur le même air La pourriture lente et l'ennui du squelette.
Durant l'affreux trajet, il songe avec effroi Qu'on va le perdre au fond d'éternels labyrinthes ; Sur ses mains, sur ses pieds, sur tout son corps si froid La mort de plus en plus incruste ses empreintes,
Et le linceul collant resserre ses étreintes. Il tombe dans la fosse, et bientôt recouvert D'argile et de cailloux mêlés de gazon vert, Le malheureux défunt, dans une nuit complète,
S'entend signifier par la bouche du ver La pourriture lente et l'ennui du squelette. Oh ! qu'il te soit donné, Flamme, sœur de l'éclair, À toi, Démon si pur qui fais claquer dans l'air
Ta langue aux sept couleurs, élastique et follette, D'épargner au cadavre, avec ton baiser clair, La pourriture lente et l'ennui du squelette.
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