Skip to content
1883

Ballade des mouettes

Maurice ROLLINAT

En tas, poussant de longs cris aboyeurs Aussi plaintifs que des cris de chouettes, Autour des ports, sur les gouffres noyeurs, Dans l'air salé s'ébattent les mouettes,

Promptes au vol comme des alouettes. D'un duvet mauve et marqueté de roux, Sur l'eau baveuse où le vent fait des trous, On peut les voir se tailler des besognes

Et se risquer sous le ciel en courroux, Pour nettoyer la mer de ses charognes. Flairant les flots, sinistres charroyeurs, Et les écueils noirs dont les silhouettes

Font aux marins de si grandes frayeurs, Elles s'en vont avec des pirouettes De-ci, de-là, comme des girouettes. Dans les vapeurs vitreuses des temps mous

Où notre œil suit les effacements doux Des mâts penchant avec des airs d'ivrognes, Ces grands oiseaux rôdent sur les remous, Pour nettoyer la mer de ses charognes.

Et quand les flots devenus chatoyeurs Dorment bercés par les brises fluettes, On les revoit, avides côtoyeurs, Éparpillant leurs troupes inquiètes

Aux environs des falaises muettes. En vain tout rit, le brouillard s'est dissous ; Ces carnassiers qui ne sont jamais soûls Ouvrent encor leurs ailes de cigognes

Sur les galets polis comme des sous, Pour nettoyer la mer de ses charognes. Vautour blafard, fouilleur des casse-cous, Toi dont le bec donne de si grands coups

Dans les lambeaux pourris où tu te cognes, Viens là ! Tes sœurs t'y donnent rendez-vous, Pour nettoyer la mer de ses charognes.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
Ballade des mouettes · Maurice ROLLINAT · Poetry Cove