Quand le soleil dessèche et mord le paysage, On a l'œil ébloui par les bons lézards verts : Ils vont, longue émeraude ayant corps et visage, Sur les tas de cailloux, sur les rocs entr'ouverts,
Et sur les hauts talus que la mousse a couverts. Ils sont stupéfiés par la température ; Près d'eux, maint oiselet beau comme une peinture File sur l'eau dormante et de mauvais conseil ;
Et le brin d'herbe étreint d'une frêle ceinture Leurs petits flancs peureux qui tremblent au soleil. Puis, ils gagnent après tous leurs circuits d'usage Les abords des lavoirs toujours si pleins de vers ;
Aux grands arbres feuillus qui font le tamisage De l'air en feu stagnant sur tant de points divers, Ils préfèrent les houx chétifs et de travers. Lazzaroni frileux des jardins sans culture,
Côtoyeurs du manoir et de la sépulture, Ils s'avancent furtifs et toujours en éveil, Dès qu'un zéphyr plus frais lèche par aventure Leurs petits flancs peureux qui tremblent au soleil.
Par les chemins brûlés, avides d'arrosage, Et dans les taillis bruns où cognent les piverts, Ils s'approchent de l'homme, et leur aspect présage Quelque apparition du reptile pervers
Qui s'enfle de poison pendant tous les hivers. Un flot de vif-argent court dans leur ossature Quand ils veulent s'enfuir ou bien chercher pâture ; Mais parfois, aplatis dans un demi-sommeil,
Ils réchauffent longtemps, sans changer de posture, Leurs petits flancs peureux qui tremblent au soleil. Ô Crocodile ! œil faux ! Mâchoire de torture, Apprends que je suis fou de ta miniature.
Oui ! J'aime les lézards, et, dans le jour vermeil, J'admire, en bénissant l'Auteur de la nature, Leurs petits flancs peureux qui tremblent au soleil.
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