Elles meurent de spleen, à l'ombre des maisons, Les chaloupes de mer qui vacillent sans trêve, Et qui voudraient tenter aux plus creux horizons, Loin des miasmes chauds et stagnants de la grève,
Le gouffre qui les tord, les happe et les enlève. Aussi quand le pêcheur prend les avirons lourds, Chacune en toute hâte arborant ses atours Fuit le port engourdi plein de buveurs de pintes,
Et la brise ballonne et fait sur les flots sourds Frémir la voile blanche au mât des barques peintes. Elles ne songent guère aux noires trahisons De l'Océan qui dort et de l'autan qui rêve.
Oh ! quand elles n'ont plus la chaîne des prisons, Comme l'air est exquis, l'eau verte et l'heure brève Pourtant, il faut déjà rentrer : le jour s'achève. Mais un brusque ouragan qui briserait des tours,
Plus fou qu'un tourbillon de cent mille vautours, Se rabat sur la côte avec d'horribles plaintes, Et la mouette en vain écoute aux alentours Frémir la voile blanche au mât des barques peintes.
Hélas ! leurs flancs menus, leurs fragiles cloisons Craquent sous le nuage orageux qui se crève. Comme un tas de serpents qui bavent leurs poisons, Contre elles, chaque vague arrive et se soulève
Avec le bond du tigre et le tranchant du glaive. Et tandis qu'au milieu des éclairs drus et courts La nuit met sur la mer son masque de velours, Le grand phare inquiet dans les clartés éteintes
Regarde, et ne voit pas, à l'heure des retours, Frémir la voile blanche au mât des barques peintes. Dame la Vierge ! Ô vous, qui dans les mauvais jours Donnez si promptement assistance et secours
À ceux que le danger cerne de ses étreintes, Commandez que le vent guide et laisse toujours Frémir la voile blanche au mât des barques peintes !
Cookies on Poetry Cove