Hors de Paris, mon cœur s'élance, Assez d'enfer et de démons : Je veux rêver dans le silence Et dans le mystère des monts.
Barde assoiffé de solitude Et bohémien des guérets, J'aurai mon cabinet d'étude Dans les clairières des forêts.
Et là, mes vers auront des notes Aussi douces que le soupir Des rossignols et des linottes Lorsque le jour va s'assoupir.
Parfumés d'odeurs bocagères, Ensoleillés d'agreste humour, Ils auront, comme les bergères, L'ingénuité dans l'amour.
M'y voici : la campagne est blonde, L'horizon clair et le ciel bleu. La terre est sereine, — et dans l'onde Se mire le soleil en feu !
Là, fuyant code et procédure, Mon pauvre père, chaque été, Venait prendre un bain de verdure, De poésie et de santé.
Là, plus qu'ailleurs, pour ma tendresse, Son souvenir est palpitant ; Partout sa chère ombre se dresse, Dans ce pays qu'il aimait tant !
Sous le chêne aux branches glandées, Il me vient un souffle nouveau, Et les rimes et les idées Refleurissent dans mon cerveau.
Je revois l'humble silhouette De la maison aux volets verts, Avec son toit à girouette Et ses murs d'espaliers couverts ;
Le jardin plein de rumeurs calmes Où l'arbre pousse vers l'azur, Le chant multiple de ses palmes Qui frissonnent dans un air pur ;
Les petits carrés de légumes Bordés de lavande et de buis, Et les pigeons lustrant leurs plumes Sur la margelle du vieux puits.
Plus de fâcheux, plus d'hypocrites ! Car je fréquente par les prés Les virginales marguerites Et les coquelicots pourprés.
Enfin ! je nargue l'attirance Épouvantable du linceul, Et je bois un peu d'espérance Au ruisseau qui jase tout seul.
Je marche enfin le long des haies, L'âme libre de tout fardeau, Traversant parfois des saulaies Où sommeillent des flaques d'eau.
Ami de la vache qui broute, Du vieux chaume et du paysan, Dès le matin je prends la route De Châteaubrun et de Crozan.
Dans l'air, les oiseaux et les brises Modulent de vagues chansons ; A mon pas les pouliches grises Hennissent au bord des buissons,
Tandis qu'au fond des luzernières, Jambes aux fers, tête au licou, Les vieilles juments poulinières Placidement lèvent le cou.
Le lézard, corps insaisissable Où circule du vif-argent ; Promène au soleil sur le sable Sa peau verte au reflet changeant :
Dans les pacages d'un vert sombre, Où, çà et là, bâillent des trous, Sous les ormes, couchés à l'ombre, L'œil mi-clos, songent les bœufs roux.
Dressant leur tête aux longues cornes, Parfois les farouches taureaux Poussent, le long des étangs mornes, Des mugissements gutturaux.
Sur les coteaux et sur les pentes, Aux environs d'un vieux manoir, Je revois les chèvres grimpantes, Les moutons blancs et le chien noir.
Debout, la bergère chantonne D'une douce et traînante voix Une complainte monotone, Avec son fuseau dans les doigts.
Et je m'en reviens à la brune Tout plein de calme et de sommeil, Aux rayons vagues de la lune, Ce mélancolique soleil !
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