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1883

À la Circé moderne

Maurice ROLLINAT

Puisqu'un irrésistible appeau Attire à toi toute mon âme, Et que toute ma chair proclame Le magnétisme de ta peau :

Irrite, mais sans le proscrire, Le désir qui me ronge, et puis Viens emparadiser mes nuits, Ensorceleuse au froid sourire.

Aux bruits mouillés, tendres et fous De nos baisers démoniaques, Comme deux serpents maniaques Dans le mystère enlaçons-nous !

Chère onduleuse, mauvais ange, Abeille de la volupté, Donne-moi ton corps enchanté Et reçois mon âme en échange !

Mon désir s'enroule et se tord Autour de ton beau corps de marbre, — Ainsi le lierre autour de l'arbre — Horrible et doux, il rampe et mord.

Tes grands yeux caves et funèbres Sont si libertins quand tu veux, Et j'aspire dans tes cheveux Tant de parfums et de ténèbres !

Moderne Circé, tes poisons Auraient perdu le cœur d'Ulysse ; Harcèle-moi de ta malice, Salis-moi de tes trahisons !

Insulte-moi ! mais, ma maîtresse, Laisse-moi repaître ma faim, Dussé-je mourir à la fin, Empoisonné par ta caresse !

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