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1891

XXII

Georges RODENBACH

Les canaux somnolents entre les quais de pierre Songent, entre les quais rugueux, comme en exil, Sans paysage clair qui se renverse au fil De l'eau qui rêve, — ainsi s'isole une âme fière, —

L'âme de l'eau captive entre les quais dormants Où le ciel se transpose en pensive nuance Dont la douceur à du silence se fiance. Quelques nuages seuls cheminent par moments

Dans les canaux muets aux eaux inanimées Qui semblent des miroirs réflétant des fumées. Puis le ciel s'unifie, incolore et profond, Et les pâles canaux entre leurs quais de pierre

Sont sans mirage, — ainsi dédaigne une âme fière, — Et tout passage d'aile en leur cristal se fond ; Plus rien n'entre parmi leurs eaux coagulées Dont la blancheur ressemble à des vitres gelées

Derrière qui l'on voit, dans le triste du soir, L'âme de l'eau, captive au fond, qui persévère À ne rien regretter du monde en son lit noir Et qui semble dormir dans des chambres de verre !

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