À l'heure délicate où comme de l'encens
Le jour se décompose en molles vapeurs bleues,
Va dans l'abandon noir des quartiers finissants,
Va donc, ô toi dont l'âme est la sœur des banlieues,
Toi dont l'âme est morose et souffre au moindre bruit,
À travers le faubourg, comme au hasard construit,
Le faubourg où la ville agonise et s'achève
Dans du brouillard, dans de l'eau morte et dans du rêve…
Et vois ! Tout au lointain parmi des fonds aigris
S'allumer droitement la ligne des lanternes
Mettant leur ganse jaune au long des chemins gris.
Oh ! Lanternes debout sur les horizons ternes !
Survivance de la lumière dans le soir,
Survivance de la jeunesse dans la vie !
Ces lueurs devant toi, sur la route suivie,
— Calices d'or s'ouvrant en dépit du vent noir —
Vois ! C'est tout ce qui reste, en ce doux crépuscule,
Du soleil mort, de ta jeunesse qui recule :
Quelques vagues espoirs de gloires et d'amours,
Quelques vagues clartés dans la pâleur des verres
Que l'avenir, pareil à ces mornes faubourgs,
Te garde en ses mélancoliques réverbères !