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1896

XVII

Georges RODENBACH

Mon cœur s'est reposé dans les conseils du soir ! C'est le moment le plus divin de la journée, Doux comme le dernier cierge du reposoir, Nostalgique comme une étoffe un peu fanée.

Certes, il fait souffrir. Quel refroidissement, Et quel gel d'agonie infusé dans nos lombes ! Et quel ensanglanté concile de colombes S'abat comme un hiver sur notre obscur tourment !

N'importe ! il est meilleur que le soir s'accomplisse ! C'est seulement la chair qu'il fait pleine d'émoi ; Car dans l'obscurité, dont le cœur est complice, On sent éclore et vivre un clair de lune en soi.

Et voici commencer le rêve et les féeries… Ô mon cœur, fais accueil à la douleur du soir ! Le songe intérieur montre ses pierreries Que le soir avantage avec son velours noir.

C'est le moment du doute et des douleurs divines ; Certes le soir est déchirant comme un adieu ; L'ombre se tresse au front en couronne d'épines ; Mais c'est aussi l'instant où l'on se sent un dieu !

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