Comme te voilà loin de celui que tu fus Ô malade, déjà si lointain, si confus, Méconnaissable, et si différent de toi-même ! La lune ainsi se voit reculée et plus blême
Toute changée et délayée en son halo Quand elle se confronte avec elle dans l'eau. De même, étant malade, on se ressemble à peine ; On n'a plus son visage, ah ! comme on est changé !
On est le mouton nu qui pleure après sa laine ; On se trouve soudain plus sage et plus âgé ; On se cherche, on se perd, en molle souvenance ; Soi-même on se revoit tel qu'après une absence ;
On se reconnaît mal comme à se voir dans l'eau ; On est si différent qu'on se semble nouveau, Avec même une autre âme, avec d'autres idées, — Des lis simples ont remplacé les orchidées ! —
Et de celui qu'on fut on se souvient si peu, Moins que le soir ne se souvient du matin bleu ! Le malade ainsi songe et, dans sa vie, il erre. Sa vie ! Elle lui semble à lui-même étrangère,
Elle s'efface et se résume à du brouillard ; Ce qu'il s'en remémore, en tant de crépuscule, Est advenu naguère à quelqu'un, quelque part ; Peut-être est-ce à lui-même et qu'il fut somnambule ?
Peut-être qu'il se trompe et que c'est arrivé À un qui lui ressemble et dans une autre vie ? Passé qu'il a vécu, mais qui semble rêvé. N'était-il pas un autre avant la maladie ?
Or ce pâle Autrefois si peu se prolongea, Maison de l'horizon indistincte déjà Qu'indique seule une fumée irrésolue… Tout est si transitoire et si vite accompli !
Sa vie antérieure est presque dans l'oubli ; Il la sent vague en lui comme une histoire lue ; Et, morne, il a l'impression jusqu'à l'aigu D'avoir à peine été, d'avoir si peu vécu !
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