Dans mon âme, sous des guirlandes d'encens bleu,
Vont des processions d'anciennes fête-dieu ;
Processions de mai qu'on croyait disparues,
Processions d'enfance en l'honneur du saint-sang ;
Car mon âme a toujours, dans le noir de ses rues,
Quelque procession au plain-chant grandissant :
Voix s'ajourant dans moi, comme filigranées,
Enfants de chœur aux voix douces, aux frêles voix,
Ciselures des beaux dimanches d'autrefois,
Or frais qui s'éternise aux chasubles fanées !
Et dans mon âme, où rêve un encens bleuissant,
Parmi des prêtres noirs, de blanches théories,
S'attarde la fiole en des orfèvreries,
Rouge du seul rubis possédé du saint-sang.
Ô goutte de la plaie ouverte par la lance,
La relique sacrée en mon âme s'avance…
Or, supposez un heurt sur le cristal béni,
Et voyez-vous soudain couler tout l'infini,
Et voyez-vous, en moi, mon sang qui s'étiole
Rajeuni par le sang divin de la fiole ?