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1891

XVI

Georges RODENBACH

Dans mon âme, sous des guirlandes d'encens bleu, Vont des processions d'anciennes fête-dieu ; Processions de mai qu'on croyait disparues, Processions d'enfance en l'honneur du saint-sang ;

Car mon âme a toujours, dans le noir de ses rues, Quelque procession au plain-chant grandissant : Voix s'ajourant dans moi, comme filigranées, Enfants de chœur aux voix douces, aux frêles voix,

Ciselures des beaux dimanches d'autrefois, Or frais qui s'éternise aux chasubles fanées ! Et dans mon âme, où rêve un encens bleuissant, Parmi des prêtres noirs, de blanches théories,

S'attarde la fiole en des orfèvreries, Rouge du seul rubis possédé du saint-sang. Ô goutte de la plaie ouverte par la lance, La relique sacrée en mon âme s'avance…

Or, supposez un heurt sur le cristal béni, Et voyez-vous soudain couler tout l'infini, Et voyez-vous, en moi, mon sang qui s'étiole Rajeuni par le sang divin de la fiole ?

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