Yeux d'aveugles : ils sont tristes, l'air d'une plaie ;
Yeux nuls, sans effigie ; étain qui se délaie ;
Yeux d'aveugles : jardins où la vie a neigé ;
Yeux plus vitreux que ceux des morts. Ah ! qu'ils sont tristes,
Nus comme les tonsures des séminaristes ;
Eau d'un canal que nuls bateaux n'ont imagé ;
Patènes qui jamais ne mireront la messe
Et les cierges et des lèvres d'enfants de chœur.
Veilleuses sans clarté. Fioles sans liqueur.
Depuis quand ? Sont-ils nés dans cette ombre ? Ou bien n'est-ce
Qu'un obscurcissement graduel — tel le soir ;
Ou l'usure — tel un tissu réincorpore
Les roses et les lis le brodant sur fond noir,
Et bientôt s'unifie en étoffe incolore.
Ah ! qu'ils sont tristes ! qu'ils sont tristes ! On dirait
Des scellés apposés sur une tête morte.
Ces yeux, sans plus jamais qu'un seul regard en sorte,
C'est, sans tain, un miroir qui s'étiolerait ;
C'est, sans jet d'eau, la vasque immobile qui gèle ;
C'est, derrière une vitre, une hostie en prison.
Ah ! ces yeux ! on frissonne au bord de leur margelle,
Puits d'infini, que bouche un si calme glaçon.