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1891

XV

Georges RODENBACH

Les jours sont arrivés où dans l'âme il a plu En une pluie interminable et monotone ; L'âme souffrante a son équinoxe d'automne… C'est fini le soleil où l'ennui s'était plu,

Le bon soleil sur les vitres toutes lamées D'or vierge ; c'est fini la jeunesse et l'avril ! Et revoici la pluie imbibant les fumées Qui sur les toits ont l'air de partir pour l'exil.

On sent que toute joie à présent est enfuie ! À quoi peut-il servir qu'on se reprenne encor ? À quoi peut-il servir qu'on sonne encor du cor ? Le son exténué se traîne dans la pluie

Et le son dans la pluie erre comme un radeau. Ah ! Cette pluie en nous ! C'est comme une araignée Qui tisse dans notre âme avec ses longs fils d'eau Inexorablement une toile mouillée !

Sans cesse cette pluie à l'âme, ce brouillard Qui se condense et fond en bruines accrues ; Comme on a mal à l'âme, et comme il se fait tard ! Et l'âme écoute au loin pleuviner dans ses rues…

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