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1891

XV

Georges RODENBACH

Les longs dimanches soir, toutes ces existences Réduites à songer si tristement, là-bas : Vieilles filles qu'on voue à des impénitences, Cœurs vierges dans le noir étui des célibats.

Et des hortensias, couleur de leur visage, Se fanent lentement sur les châssis ; ainsi Leur jeunesse, sans nul amour, sans bon présage, Derrière les carreaux effeuille son souci.

Là-bas, toujours la même apparence d'automne Parmi ces meubles vieux, ces cadres dédorés, Ces miroirs d'eau souffrante où la clarté tâtonne, — Vieilles filles sans joie aux gestes timorés,

Vieilles filles, le front collé contre la vitre ! Vitre provinciale, écran mort et fermé Où ne s'ébauche rien qu'un passage de mitre Quand la procession sort un dimanche, en mai !

C'est la vie anonyme ! Oh ! Morne et désolée, Dans ces chambres, sans même un bonheur anodin… Et les rideaux tombants de guipure gelée Sont comme un immuable et glacial jardin.

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