Comme tout est changé de par la maladie Dans la maison qui prend un air religieux ; Elle semble plus vide, elle semble agrandie, Il s'y répand un silence contagieux
Dont le plus léger bruit blesse la neige vierge. Vie en songe ! voici que s'embrument les pas, Et les voix mêmement s'embrument, parlent bas ; Le malade est l'hostie où tout l'encens converge.
Quel mystère est latent ? Quel rite s'accomplit Pour qu'un respect d'autel environne le lit ? Tout subit par degrés la mystique influence : Comme par un vitrail, le jour se dénuance ;
Un étranger, il semble (est-ce l'ange gardien Soudain visible ?), habite à présent la demeure, Comme pour prémunir du danger qu'on y meure, Et la maison craintive a pris un air chrétien.
Or on s'améliore, on s'épure soi-même Par la sorte d'ennoblissement propagé ; On se sent devenir autre, le cœur changé ; Il flotte en la demeure un parfum de saint chrême ;
Déjà les passions, à leur tour, parlent bas ; Même le juste amour interrompt ses ébats ; On se semble, à présent, vivre dans une église. Le malade apparaît grave et sacerdotal,
L'air d'avoir avec Dieu quelque entretien mental. Car le Silence enfin en lui se réalise ! Il est celui qui fait taire les bruits humains Et les transsubstantie en imposant les mains ;
Il est l'essence et la substance du Silence ; Il en est la Victime et le Prêtre à la fois ; C'est un Saint Sacrifice aussi que la souffrance… La maison entend Dieu qui descend à sa voix !
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