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1896

XIV

Georges RODENBACH

En des pays de longs canaux et de marais, Les yeux sont, eux aussi, baignés d'un charme frais ; Clairs yeux remémorés de Flandre et de Hollande Qui paraissent mouillés, influencés par l'eau ;

Yeux comme un petit port avec un seul bateau Qui s'avoue humble, et que nul trafic n'achalande, Mais dont le calme heureux contribue à polir Les reflets d'alentour qui s'y viennent pâlir.

S'ils sont ainsi, c'est à cause de l'eau voisine Qui les fait à sa ressemblance, y propageant Son aspect de miroir et de fluide argent. Donc, comme un port, cette eau des yeux emmagasine

Les horizons et le paysage adjacent Dont le mirage en sa transparence descend : Le ciel y réfléchit ses teintes sans durée ; On y perçoit aussi, comme sur un vélin,

L'enluminure en or d'un vieux quai, d'un moulin, Et toute l'ambiance y vit, miniaturée.

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