L'eau triste des canaux s'est désaccoutumée
De refléter le noir passage des vaisseaux
Quand l'hiver l'a figée et l'a comme étamée ;
Mais parfois, certains jours, le dur sommeil des eaux
Sans mirages en lui de la vie en allée,
S'évapore ; on dirait un recommencement
Et que l'eau, d'un air vague, encore un peu dormant,
Sort comme d'une alcôve aux rideaux de gelée.
Ô nudité de l'eau dans le réveil de soi !
Reprise des devoirs de la vie affligeante !
Fuite du clair sommeil et des rêves ! émoi
De l'eau qui se déclôt et qui se désargente !
Or ce désordre blanc qui jonche les bassins,
Ces glaçons bousculés comme des traversins,
N'est-ce pas tout l'ennui, le désarroi précoce
D'un lit défait où pleure un lendemain de noce ? …