Dans les chambres, comme ils parlent, les vieux portraits
Dont la bouche a gardé des roses d'azalées ;
Comme ils parlent tout bas, malgré leurs yeux distraits
Qui regardent au loin des choses en allées ;
Ils parlent dans le soir d'un air avertisseur
Et disent d'être doux et d'être bénévoles ;
Ils ont des mots ouatés et blancs de confesseur,
Des mots tels qu'on en lit au long des banderoles
Peintes, dans les missels, aux lèvres des élus.
Ils parlent lentement, avec des voix si nulles !
Voix comme en rêve ; voix en conciliabules,
S'appareillant avec leurs yeux irrésolus.
Voix dans l'absence ; voix tristes qui semblent veuves
Voix dans l'éloignement et qu'on dirait venir
D'au delà des jardins et d'au delà des fleuves…
Ah ! Ces voix des portraits quand le jour va finir !
Portraits d'aïeux, portraits d'aïeules ingénues
Que nous aimons un peu sans les avoir connues ;
Portraits anciens, portraits d'il y a si longtemps,
Avec qui nous causions souvent dans le silence
Quand l'ombre s'épandait en noirs tulles flottants,
— Posthumes entretiens où l'âme se fiance !
Telle aïeule surtout en blanc déshabillé
De linge suranné dont le fichu se croise
Qui souriait, la bouche encore un peu narquoise,
Mais de qui le sourire avait l'air effeuillé !