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1891

XII

Georges RODENBACH

Dans les chambres, comme ils parlent, les vieux portraits Dont la bouche a gardé des roses d'azalées ; Comme ils parlent tout bas, malgré leurs yeux distraits Qui regardent au loin des choses en allées ;

Ils parlent dans le soir d'un air avertisseur Et disent d'être doux et d'être bénévoles ; Ils ont des mots ouatés et blancs de confesseur, Des mots tels qu'on en lit au long des banderoles

Peintes, dans les missels, aux lèvres des élus. Ils parlent lentement, avec des voix si nulles ! Voix comme en rêve ; voix en conciliabules, S'appareillant avec leurs yeux irrésolus.

Voix dans l'absence ; voix tristes qui semblent veuves Voix dans l'éloignement et qu'on dirait venir D'au delà des jardins et d'au delà des fleuves… Ah ! Ces voix des portraits quand le jour va finir !

Portraits d'aïeux, portraits d'aïeules ingénues Que nous aimons un peu sans les avoir connues ; Portraits anciens, portraits d'il y a si longtemps, Avec qui nous causions souvent dans le silence

Quand l'ombre s'épandait en noirs tulles flottants, — Posthumes entretiens où l'âme se fiance ! Telle aïeule surtout en blanc déshabillé De linge suranné dont le fichu se croise

Qui souriait, la bouche encore un peu narquoise, Mais de qui le sourire avait l'air effeuillé !

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