Les chambres vraiment sont de vieilles gens
Sachant des secrets, sachant des histoires,
— Ah ! Quels confidents toujours indulgents ! —
Qu'elles ont cachés dans les vitres noires,
Qu'elles ont cachés au fond des miroirs
Où leur chute lente est encore en fuite
Et se continue à travers les soirs,
Chute de secrets dont nul ne s'ébruite !
Les chambres vraiment sont de bons vieillards
Et ce sont aussi de bonnes aïeules ;
Eux, rêvent tout bas à d'anciens départs ;
Elles prennent peur quand elles sont seules,
Tristes pour jamais d'avoir vu mourir.
Voilà la douleur toujours actuelle,
La douleur humaine et contre laquelle
Les chambres en deuil n'ont pu s'aguerrir ;
Se remémorant encor la minute
Où jadis telle âme, à la fin du soir,
S'envola soudain dans l'air du miroir
Et depuis ce temps y poursuit sa chute.