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1891

XI

Georges RODENBACH

Les cloches des dolents dimanches sont des gloses Élucidant le cas des choses inécloses, De ce qui fut naguère et qui n'a pas duré : Raisin qui s'évapore aussitôt pressuré ;

Étang qui se dessèche en un beau paysage ; Voix des enfants de chœur qui sont morts en bas âge Et dont nous retrouvons dans les blancs angélus Les soprani filant leurs sons irrésolus…

Les cloches ont la voix des choses démodées ; Bonnes cloches du soir qui sont inféodées Aux meilleurs souvenirs d'enfance et de regret : Car en les entendant, les vieilles cloches noires,

— Bruit d'airain, grincement de serrure — on dirait Que se sont, dans le ciel, rouvertes les armoires Où dorment, sans emploi, nos layettes d'enfant Dont le beau linge, à lents coups de cloches, se fend

Puis s'envole, vidé de gestes, blancs mélanges… Et j'écoute sur moi la chute de mes langes ! Combien d'autres rappels des choses d'autrefois : Des couronnes de sons sur d'anciens convois

De morts qu'on oubliait et qu'on se remémore ; Et ces effeuillements vagues dans l'air sonore ! Vieilles cloches vidant leurs corbeilles de fer D'où tombe un buis d'antan aux branchettes fanées,

Le buis bénit d'un temps pascal lointain et cher… Et je recueille en moi le buis mort des années !

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