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1896

XI

Georges RODENBACH

Les mystérieux nerfs sont des plaintes ourdies, Un dédale de fils, des méandres d'orties Par qui toute douleur se propage au cerveau. Quels nœuds ont étiré l'invisible écheveau ?

La pauvre chair sans force est une eau sensitive Qu'accapare un filet frêle qu'on ne voit pas, Mais dont le remuement fait se crisper l'eau vive. Les nerfs : soudaineté de crise et branle-bas !

Ou lente manigance, hostilité sournoise, Par exemple de quelque araignée en un coin, Une chose qui très vaguement cherche noise, Puis s'enhardit en nous, s'aventure plus loin,

Fait mal, se fâche, mord, glisse, s'accroît, pullule Et court en nous comme dans l'herbe les fourmis Ou va comme un poison volatil et qui brûle. Supplices compliqués que les nerfs ont transmis !

Ah ! les nerfs, dont chacun nous fait mal comme une arme ! Chacun d'eux est une corde sous un archet Qui souffre comme si quelqu'un nous l'arrachait ; Chacun d'eux est un fil où s'enfile une larme !

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