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1896

XI

Georges RODENBACH

Les vitres tout à l'heure étaient pâles et nues. Mais peu à peu le soir entra dans la maison ; On y sent à présent le péril d'un poison. C'est que les vitres, pour le soir, sont des cornues

Où se distille on ne sait quoi dans leur cristal ; Le couchant y répand un or qui les colore ; Et pour qu'enfin le crépuscule s'élabore, L'ombre, comme pour un apprêt médicinal,

Semble y verser ses ténèbres, d'une fiole. Dans les verres, teintés de ce qui souffre en eux, Un nuage s'achève, un reflet s'étiole ; Il en germe quelque chose de vénéneux,

Menaçant la maison déjà presque endormie ; Et c'est de plus en plus le nocturne élixir… Ah ! les vitres et leur délétère chimie Qui chaque soir ainsi me font un peu mourir !

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