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1891

XI

Georges RODENBACH

L'eau, pour qui souffre, est une sœur de charité Que n'a pu satisfaire aucune joie humaine Et qui se cache, douce et le sourire amène, Sous une guimpe et sous un froc d'obscurité ;

Son amour du repos, son dégoût de la vie Sont si contagieux que plus d'un l'a suivie Dans la chapelle d'ombre, au fond pieux des eaux, Où, tranquille, elle chante au pied des longs roseaux

Dont l'orgue aux verts tuyaux l'accompagne en sourdine. Elle chante ! Elle dit : " les doux abris que j'ai Pour ceux de qui le cœur est trop découragé… " Ah ! La molle attirance et quelle voix divine !

Car, pour leur fièvre, c'est la fraîcheur d'un bon lit ! Et beaucoup, aimantés par cet appel propice, Perclus, entrent dans l'eau comme on entre à l'hospice, Puis meurent. L'eau les lave et les ensevelit

Dans ses courants aussi frais que de fines toiles ; Et c'est enfin vraiment pour eux la bonne mort. Ce pendant que, le soir, autour du corps qui dort, L'eau noire allume un grand catafalque d'étoiles.

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