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1891

X

Georges RODENBACH

Tristesse ! Je suis seul ; c'est dimanche ; il pleuvine ! Les vitres sont déjà comme des crêpes morts Que faufile une pluie intermittente et fine. Et rien à faire ici ! Rien à faire au dehors

Où les passants s'en vont monotones et tristes… Or j'en rêve, parmi ce pluvieux décor, De plus seuls et de plus inégayés encor : D'abord les continents et doux séminaristes

Qui se hâtent, qui s'en vont deux à deux, là-bas, Voués jusqu'à la mort à de noirs célibats Quand nous avons l'amour comme une bonne lampe ! Puis je songe au troupeau puéril et transi

D'orphelines en deuil se dépêchant aussi Dans ce soir triste et la bruine qui les trempe… Tristesse du dimanche, ô mon âme ! Où tu n'as Pour ressource que de songer aux orphelines

S'en retournant vers leurs lointains orphelinats, Si frileuses, malgré leurs longues pèlerines… Et seul, mélancolique, en mon dormant logis, J'occupe à les aimer mon rêve qui s'ennuie,

Et j'entends de chez moi distinctement la pluie Faufiler leurs bonnets de linge défraîchis.

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