Tristesse ! Je suis seul ; c'est dimanche ; il pleuvine !
Les vitres sont déjà comme des crêpes morts
Que faufile une pluie intermittente et fine.
Et rien à faire ici ! Rien à faire au dehors
Où les passants s'en vont monotones et tristes…
Or j'en rêve, parmi ce pluvieux décor,
De plus seuls et de plus inégayés encor :
D'abord les continents et doux séminaristes
Qui se hâtent, qui s'en vont deux à deux, là-bas,
Voués jusqu'à la mort à de noirs célibats
Quand nous avons l'amour comme une bonne lampe !
Puis je songe au troupeau puéril et transi
D'orphelines en deuil se dépêchant aussi
Dans ce soir triste et la bruine qui les trempe…
Tristesse du dimanche, ô mon âme ! Où tu n'as
Pour ressource que de songer aux orphelines
S'en retournant vers leurs lointains orphelinats,
Si frileuses, malgré leurs longues pèlerines…
Et seul, mélancolique, en mon dormant logis,
J'occupe à les aimer mon rêve qui s'ennuie,
Et j'entends de chez moi distinctement la pluie
Faufiler leurs bonnets de linge défraîchis.