Skip to content
1891

X

Georges RODENBACH

Combien de souvenirs anciens, combien de choses Se dédorent en nous aux limbes de l'oubli ; Le missel ne sait plus la page où fut le pli, Le jardin ne sait plus où sont mortes les roses.

Combien de souvenirs qui sont des pastels nus, Portraits évaporés dont se brisa le verre, Nous étant maintenant comme des inconnus Où la mort du couchant seule se réverbère…

Combien de souvenirs, mais si vite oubliés ! La rivière bientôt dilue en son eau triste Le reflet balancé des heureux peupliers. Ah ! Comme tout s'en va ! Comme rien ne persiste !

Comme tout cet amas en nous de vieux décors Pâlement restitue au fond de la mémoire Un peu de la féerie en gaze rose et noire ; Et comme l'air lui-même est oublieux des cors

Qui firent, dans des soirs éloignés, violence À la virginité pensive du silence ; Mais l'air en garde à peine un souvenir rosé ; L'air est non moins guéri, non moins cicatrisé

Que de quelque blessure infime d'ariette… Comme tout se déprend ! Comme tout s'émiette !

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
X · Georges RODENBACH · Poetry Cove