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1896

X

Georges RODENBACH

Torpeur de certains soirs à la fin de l'été ! Le ciel brûle, il est en fièvre, rouge et livide ! Il est mélancolique et plein d'anxiété Comme, après la musique, un jardin qui se vide.

L'aspect en change à tout instant — telle la mer ; Mais le ciel est solide ; on dirait une chair Que tourmente à cette heure une pensée impure, Délire de malade et cauchemar du soir.

L'astre, comme une plaie, au bas du ciel, suppure… Qu'est-ce qui va venir et qu'est-ce qu'on va voir ? Le ciel de plus en plus est tragique ; il bouscule Les nuages, comme un fiévreux ses oreillers ;

Couchants de l'équinoxe et de la canicule ! Ici, des lacs de fiel ; là, des rayons caillés Comme du sang ; plus loin, des fleurs empoisonnées, Un moutonnement, blanc vert, de brebis mort-nées ;

Ah ! les tragiques soirs ! Ciel pestilentiel Qui, plein d'angoisse, a l'air d'un Jardin des Olives, Ou, plein de fièvre, a l'air de vendanges lascives ; Ciel d'amour, ciel de mort, ô trop vénéneux ciel,

Vénéneux comme le maquillage des pitres… Trouble de ces soirs lourds emplis d'exhalaisons Où l'on se signe, au fond des peureuses maisons, Devant un éclair brusque et qui soufre les vitres !

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