Skip to content
1891

X

Georges RODENBACH

Quand le soir est tombé dans la chambre quiète Mélancoliquement, seul le lustre émiette Son bruit d'incontenté dans le silence clos. Lustre toujours vibrant comme un arbre d'échos,

Lustre aux calices fins en verre de Venise Où la douleur de la poussière s'éternise, Mais en gémissements qu'à peine on remarqua, Grêles comme un chagrin lointain d'harmonica.

C'est une panoplie aux cliquetis de verre Où l'on entend le bruit blessé qui persévère ; C'est un grand reliquaire à l'aspect végétal Où d'invisibles pleurs, captifs dans le cristal,

Roulent en sons mouillés parmi les pendeloques. Lustre, fontaine blanche aux givres équivoques ; Lustre, jet d'eau gelé, mais où l'eau souffre encor… Ce lustre, c'est mon cœur visible en ce décor

Qui frissonne en sourdine et sans cesse s'afflige, Jet d'eau fleurdelisé dont la plainte se fige !

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
X · Georges RODENBACH · Poetry Cove