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1891

VIII

Georges RODENBACH

Les jets d'eau, tout le jour, disent des élégies ; C'est la forme la moins consolable de l'eau, Car elle porte haut dans l'air ses nostalgies, Montant et retombant sous son propre fardeau…

Tristesse des jets d'eau qui sont de l'eau brandie ; Mais nul n'entend leur mal et rien n'y remédie, Jets d'eau toujours en peine, impatients du ciel ! Las ! L'azur défia leur sveltesse de lance,

Symbole édifiant d'une âme qui s'élance Et pulvérise au vent son sanglot éternel. Car l'essor des jets d'eau défaille en cascatelles Et leur cœur est aussi comme d'un exilé,

Cœur caché qu'on entend pleurer dans des dentelles. Or, le moindre mirage est tout annihilé Dans les vasques en fièvre à la moire élargie. Pour vouloir trop de ciel, elles perdent le leur !

Mais lorsque la nuit vient, brouillant toute couleur, Lorsque paraît la lune à la pâle effigie, Les jets d'eau vont reprendre espoir en sa pitié ; Et les voilà, frissons de plumes hésitantes,

Qui font monter à coups d'ailes intermittentes Leurs colombes, en un essor multiplié ! Le ciel lointain a des infinis de lagune… Détresse des jets d'eau qui n'auront pas été

Conduire leurs ramiers becqueter la clarté Et goûter le divin aux lèvres de la lune !

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