Charme étrange des teints où la chlorose neige !
Visages vraiment trop pâles pour être heureux,
Qui font un peu rêver à des lis dans un piège,
Tout blêmes, sauf leurs yeux spacieux et fiévreux
Brûlant de l'air dont s'inaugure une bougie.
Ô vierges ! Leur croissance est un triomphe ardu ;
Elles parlent ; et c'est, il semble, une élégie,
Un frileux bêlement d'agneau qu'on a tondu ;
Car leur voix est de la couleur de leur figure.
Quelque chose de doux pourtant les transfigure ;
Pâles comme la lune, elles ont son halo !
Parfois, quand elles vont se voir dans une glace,
C'est comme, tout à coup, si c'était dans de l'eau,
Tant leur teint est trop frêle et fond à la surface.
Douce crise de chair et d'âme ! Éveil d'avril !
Heure où le buste s'orne, où la bouche est émue ;
Changer ! Et même la chevelure qui mue !
Et les seins nouveau-nés sur le corps puéril !
Moment si langoureux des surprises nubiles !
Pourtant l'eau reste indemne, elle ne souffre pas
Quand germe un nénuphar sur ses bords immobiles…
Ah ! ces teints de chlorose au seuil des célibats !