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1891

VIII

Georges RODENBACH

Mon âme dans le rêve a trouvé plus de charmes Car tout effort s'achève en perles de sueur Qui nous semblent au front des couronnes de larmes. Les bonheurs temporels, ce n'est pas le bonheur !

Et tout cela, sans joie et sans signifiance, Qu'est-ce à côté du rêve auquel je me fiance ? D'autres ont l'orgueil vain d'imposer leur vouloir Et d'assembler la foule autour de leur parole ;

Fallacieux désir ! Naïve gloriole Qui vient tenter mon âme en son grand nonchaloir ! Lors mon âme répond : " je ne suis pas des vôtres. Chimère de vouloir être au rang des apôtres

Que le peuple louange et met sur des pavois, Sans délayer son âme et délayer sa voix. Mais si totalement qu'en soi-même on abdique Pour se garder du moins une âme véridique,

Si débile qu'on semble et si distant qu'on soit, Peut-être qu'on exerce un pouvoir malgré soi, Car la force souvent est bénigne et se laisse Conduire ou mitiger par la toute-faiblesse.

Ainsi la lune, à son insu, du haut de l'air, Toute loin qu'elle soit du tumulte des houles, Attire avec ses yeux la douleur de la mer… Mon âme, sois ce clair de lune sur les foules…

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