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1896

VIII

Georges RODENBACH

L'agate arborisée est pleine d'une flore Sous-marine ; ainsi l'œil — on dirait des lacis, Une géographie aux fleuves indécis Que le verre, veiné d'ombres, aime d'enclore.

Splendeur mate de la pierre opaque sous quoi Tout un spectacle intérieur qui se tient coi : Sang, feuillages, coraux, à travers de la pluie ; Gazes d'insectes morts dont l'aile mal enfuie

Dans ce prisme à jamais figea son petit vol ; Reflets momifiés comme dans de l'alcool ! Or si telle apparaît l'agate translucide C'est qu'elle est millénaire et garde en ses parois

Les vestiges des très antiques désarrois… Ainsi l'œil — plein d'anciens rêves dont il s'oxyde, Plein de passé dont pour toujours il est imbu, Souvenirs conservés dans ses pierres charnelles

Que, pareil à l'agate, il agglomère en elles… Ah ! tout ce qui survit sous son cristal embu !

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