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1896

VIII

Georges RODENBACH

Le soleil monte et brûle au haut du ciel d'été. Comment subir ses feux, son or diamanté, Luxe aveuglant d'un grand Saint Sacrement solaire ? Or voici çà et là le reposoir paisible

D'une nuée aux plis ombreux d'étoffe claire ; Grâce à ces frais abris, l'azur est accessible : Jardins disséminés aux quinconces de neige, Grottes de ouate et de mousseline bouffante,

Éventails de duvet dont le ciel chaud s'évente. Ô nuages, frais comme les nus du Corrège Et bombant, eux aussi, des croupes nonchalantes ; Fraîcheur des chairs, celle des eaux, celle des plantes,

Tout ce que l'Univers a de frais s'y résume ! Dans les immensités par le soleil chauffées Ils sont de bons relais, des oasis de brume, Des étapes aux rafraîchissantes bouffées…

Ainsi les plans divins sont bien harmoniés ! Que ferait le désert sans le frais des palmiers ? Et que ferait l'azur s'il n'était versatile Avec, sans cesse, un nuage qui le ventile ?

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