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1891

VII

Georges RODENBACH

Rien que des rêves doux et vagues, songeries Où l'on se laisse aller comme au fil d'un cours d'eau Quand du brouillard s'allonge en opaque rideau Que les fanaux du soir sèment de pierreries.

Les arbres ont un air de fusain ébauché ; La brume, sur les bords, ouvre des cassolettes ; On devine une ville autour d'un évêché Dans le brouillard brodé de fines gouttelettes

Dont la blancheur voyage à l'horizon confus. Ainsi notre âme rêve et dérive en ses rêves Qui, parmi leur brouillard, ont aussi des refus, Des entre-bâillements, des apparitions brèves,

Les rendant plus encor désirables et chers : Songes dans de la ouate et dans de la fumée, Mystère d'une vie au lointain présumée, Curiosité d'âme — et nulle soif des chairs !

Mais songer seulement aux saintes des verrières, Aux femmes des portraits, aux vierges des missels, Aux reines de légende, aux béguines tourières, — Des anges, dirait-on, à peine corporels ! —

Et rêver avec l'une une amitié très douce Parce qu'elle a semblé plus pâle et qu'elle tousse… Ah ! Cette toux, qui fait du mal comme un grand vent Et qui vient me troubler de derrière les portes !

Une toux qu'on dirait pleine de feuilles mortes Et qui ventile au loin les dortoirs du couvent !

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