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1896

VII

Georges RODENBACH

Dans les ciels de Toussaint la pluie est humble et lente ! Maladive beauté de ces ciels où des fils Ont capturé notre âme en leurs réseaux subtils, Écheveau qu'on croit frêle et qui nous violente !

Quel remède à l'ennui des longs jours pluvieux ? Et comment éclaircir, lorsqu'on y est en proie, Le mystère de leur tristesse qui larmoie ? Sont-ce les pleurs du ciel — pleurés avec quels yeux ?

Sont-ce les pleurs du ciel — en deuil de quelle peine ? Car la pluie a vraiment une tristesse humaine ! Pluie éparse. Elle nous atteint ! C'est comme afin De nous lier à sa peine contagieuse.

Elle s'étend dans l'atmosphère spongieuse Et, grise, elle renaît d'elle-même sans fin. Pluie étrange. Est-ce un filet où l'âme se mouille Et se débat ? Est-ce de la poussière d'eau ?

Ou l'effilochement fil à fil d'un rideau ? Est-ce le chanvre impalpable d'une quenouille ? Ou bien le ciel a-t-il lui-même des douleurs Et pleut-il simplement les jours que le ciel pleure ?

Alors tout s'élucide : attraction des pleurs ! La pluie apporte en nous les tristesses de l'heure ; Insinuante, jusqu'en nous elle descend ; Elle cherche nos pleurs et va les accroissant,

Ô pluie alimentant le réservoir des larmes ! Inexorable pluie ! Apporteuse d'alarmes ! Nous n'en souffrons si fort que pour prévoir un peu Qu'après la pluie et les heures sombres enfuies,

Même lorsque le ciel sera de nouveau bleu, Il nous faudra plus tard pleurer toutes ces pluies.

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