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1891

VII

Georges RODENBACH

Dans les brumes d'hiver, vers noël ou toussaint, Rien n'a désaffligé le morne crépuscule ; Chaque ombre d'un passant, qui se hâte et recule, A les airs d'une cloche en route qui se plaint…

Et, dans ce désolant paysage de ville, Les réverbères un par un sont allumés, Si tristes, grelottant dans le verre fragile ; C'est vraiment, dirait-on, des oiseaux enfermés

Et qui se font du mal sur les vitres menteuses, Puis meurent longuement en spasmes de clarté ; Ou c'est encor des roses jaunes souffreteuses Ayant peur, ayant froid dans le cristal fouetté,

Et dont le vent effeuille à terre la lumière… Lanternes s'allumant à l'heure coutumière Plus ternes par les soirs de noël ou toussaint, Qui s'allongent, dans l'air mouillé, comme des rampes

Et qu'en leur solitude aucun passant ne plaint, Tristes lanternes, — sœurs malheureuses des lampes! Que le vent exténue à chaque carrefour Et qui n'auront jamais, dans ces jours de novembre,

Les doux miroirs, le nid d'étoffe d'une chambre, Et le dorlottement des guimpes d'abat-jour !

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