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1896

VI

Georges RODENBACH

L'aube a déchiré l'ombre et commence d'éclore, D'un mauve de prélude enflé jusqu'au lilas ; S'étant taillé des nuages en falbalas, Elle se décolore, elle se recolore.

Alors c'est le miracle opéré comme un jeu : Le ciel est tout à coup une plaine de brume ; Une église à vitraux qu'un peu d'encens enfume ; Le ciel est un bûcher de lis qui sont en feu ;

Dans des tulles en fleur, le jour naissant s'infuse ; Puis il descend du ciel une fraîcheur d'écluse… Et, comme l'eau tombant qui s'engendre de soi, Des vapeurs ont jailli par chutes graduées,

Telle une cataracte aux liquides nuées. L'horizon se recueille, un moment se tient coi, Mais voici qu'à nouveau la jeune aube irradie ; Elle achève la nuit sous sa clarté brandie

Et tend dans l'air de clairs tissus en espalier ; La lune, au fond, se dédore comme une icône. Quelle chimie en fièvre a su multiplier Ces affluents de rouge et ces halos de jaune

Comme si l'aube avait délayé l'arc-en-ciel ? Explosion de la jeunesse ! L'aube exulte, Puis se calme ; et bientôt, assagie, elle sculpte Des nuages dans l'or uni d'un ciel de miel !

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