Skip to content
1896

V

Georges RODENBACH

Les glaces sont les mélancoliques gardiennes Des visages et des choses qui s'y sont vus ; Mirage obéissant, sans jamais un refus ! Mais le soir leur revient en crises quotidiennes ;

C'est une maladie en elles que le soir ; Comment se prolonger un peu, comment surseoir Au mal de perdre en soi les couleurs et les lignes ? C'est le mal d'un canal où s'effacent des cygnes

Que l'ombre identifie avec elle sur l'eau. Mal grandissant de l'ombre élargie en halo Qui lentement dénude, annihile les glaces. Elles luttent pourtant ; elles voudraient surseoir

Et leur fluide éclat nie un moment le soir… Mais, en l'ombre aggravée, elles se font plus lasses Cessant d'être dans les chambres comme un témoin. En ce malaise étrange et qui les simplifie

Elles semblent déjà déprises, déjà loin, Presque absentes et comme au delà de la vie ! Décalques apâlis, mirages incomplets ; Or n'est-ce pas vraiment comme une maladie

Pour les miroirs que toute cette ombre agrandie, Eux les frêles miroirs qui vivent de reflets.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
V · Georges RODENBACH · Poetry Cove