La fumée a monté des toits languissamment
Pour aller dans le ciel rejoindre une nuée
Où, pensive, elle s'est comme continuée…
Ô nuée, amarrée au fond du firmament !
C'est un calme navire, une île irrésolue
Que des alluvions de fumée ont accrue…
Et le vent léger joue en ce jardin changeant
Tantôt s'élargissant et tantôt s'allongeant,
Nuée inconsistante, à peine située…
Mais la fumée entre dans elle et disparaît ;
La fumée est la jeune sœur de la nuée,
Toute fragile et l'air d'apporter un secret ;
Or la nuée, en l'accueillant, s'en influence,
Car la fumée est gaie ou sévère, suivant
Qu'elle sort d'une auberge ou monte d'un couvent ;
La nuée, à son tour, en change de nuance
Et quand nous la voyons rose ou grise ou tout or
C'est qu'en elle est entrée une fumée en fuite,
Lui racontant : récit d'amour, récit de mort,
L'histoire des foyers qui par l'âtre s'ébruite.