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1896

V

Georges RODENBACH

La fumée a monté des toits languissamment Pour aller dans le ciel rejoindre une nuée Où, pensive, elle s'est comme continuée… Ô nuée, amarrée au fond du firmament !

C'est un calme navire, une île irrésolue Que des alluvions de fumée ont accrue… Et le vent léger joue en ce jardin changeant Tantôt s'élargissant et tantôt s'allongeant,

Nuée inconsistante, à peine située… Mais la fumée entre dans elle et disparaît ; La fumée est la jeune sœur de la nuée, Toute fragile et l'air d'apporter un secret ;

Or la nuée, en l'accueillant, s'en influence, Car la fumée est gaie ou sévère, suivant Qu'elle sort d'une auberge ou monte d'un couvent ; La nuée, à son tour, en change de nuance

Et quand nous la voyons rose ou grise ou tout or C'est qu'en elle est entrée une fumée en fuite, Lui racontant : récit d'amour, récit de mort, L'histoire des foyers qui par l'âtre s'ébruite.

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